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AU REVOIR À NOTRE AMI MICHEL, DÉCÈS DU RÉALISATEUR MICHEL MOREAU

Communiqué de presse
Pour diffusion immédiate

AU REVOIR À NOTRE AMI MICHEL,
DÉCÈS DU RÉALISATEUR MICHEL MOREAU

Montréal, le 5 septembre 2012 – C'est avec beaucoup de tristesse que l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) a appris le départ du réalisateur et membre honoraire de l'ARRQ, Michel Moreau, décédé le 4 septembre 2012 à la suite d'une longue maladie. L'ARRQ offre ses sincères condoléances à la famille et aux amis du cinéaste. Jean Pierre Lefebvre, ancien président de l'ARRQ, réalisateur, collègue, mais surtout ami de longue date de Michel Moreau, souhaitait lui offrir un dernier hommage dont vous trouverez le texte ci-dessous.

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Le 4e pays de Michel Moreau

Avant d'être frappé par la maladie d'Alzheimer en 1998, Michel disait qu'après la France, le pays de sa naissance, et le Québec, son pays d'adoption auquel il a donné le meilleur de sa vie et une œuvre profondément généreuse, Michel disait qu'il allait maintenant explorer son 3e pays, celui de la vieillesse et de la sagesse. Cela il l'a sans doute fait, mais dans le silence de sa mémoire, lui qui pourtant était un être de dialogue, de communication, d'altruisme.

Michel, on le sait, était mon plus grand ami. C'est pourquoi j'avais accepté sa demande, en l'an 2000, de témoigner de son état en le filmant afin, comme il le souhaitait, de partager avec les autres l'expérience inattendue que le cours de choses lui imposait. Pendant quatre ans j'ai ainsi passé de longs moments avec lui et avec Édith, son inséparable compagne tout autant que proche collaboratrice et même le sujet de plusieurs de ses films, tel Une naissance apprivoisée (1979). S'il est insupportable de constater les effets pernicieux et dévastateurs de la maladie d'Alzheimer, j'ai tiré de ces quatre années une leçon sans pareille de vie. Michel me faisait penser à un arbre qui s'acharne à pousser sur le rebord rocailleux d'une falaise et, grand épicurien, il ne cessait de se nourrir de toutes les ressources et plaisirs imaginables de l'existence. Puis il s'est retranché, comme dans tant de ses dessins et toiles, derrière le regard et le sourire les plus tendres qui soient.

Michel a très souvent répété qu'une société «se construit à partir de ses exclus et marginaux», à qui il a au reste dédié la majorité de ses films. Personnellement, c'est après avoir vu La leçon des mongoliens (1974) que je l'ai contacté car je trouvais que son humanisme se révélait tout autant dans sa vision de réalisateur que dans son approche pédagogique, ce qui était plutôt rare à une époque où les hogues s'en tenaient uniquement au message et à l'analyse sociale et psychologique de cas. Cette vision lui venait du fait qu'il était un grand enfant, lui pourtant issu du milieu des hautes sphères de la publicité en France, un enfant qui réagissait spontanément aux émotions, aux coups de cœur, et les traduisait intuitivement en plans et en cadrages - transposition particulièrement familière au peintre – méconnu - qu'il était et que fait bien ressortir le documentaire que nous (Michel, Édith et moi-même) avons réalisé sous le titre Mon ami Michel (2000-2004).

On ne peut compter le nombre de documentaristes québécois qui lui sont redevables. Il a organisé de si nombreuses projections et discussions-rencontres chez lui, et a donné plusieurs ateliers où il livrait volontiers ses secrets dont celui-ci, le plus important : «Soyez près des gens, rencontrez-les, parlez et partagez avec eux, et respectez leur éthique propre, c'est-à-dire n'allez pas plus loin qu'ils le désirent ou le peuvent».  Il était en effet constamment préoccupé par les frontières, à franchir ou non et les raisons pour le faire ou non, entre l'éthique et l'esthétique : nous en avons discuté pendant des heures et des heures, surtout le dimanche soir au téléphone.

Je ne lui ai jamais connu d'ennemis, ce pourquoi nous pouvons parler de notre ami Michel. Il nous appartient, il appartient au Pays rêvé (1996) qu'il a découvert en mettant le pied au Québec dans les années 1960. C'était un grand, un très grand amoureux, de tout et de tous. On pourrait l'appeler Michel le magnifique pour paraphraser l'un de ses films les plus connus, Jules le magnifique (1976). S'il explore maintenant le 4e pays de son existence, nous pouvons être certains qu'il le fait de la même manière sienne, qu'il ne bouscule rien ni personne, qu'il contemple tous les nuages avec autant de passion et d'émerveillement, qu'il sort fréquemment son carnet d'esquisses pour dessiner un monde meilleur, plus fraternel, moins égocentrique.

Dans son 2e pays, Michel nous a reconnus, nous a nommés, nous a montrés sous des jours que nous ignorions ou ne voulions voir. Il nous appartient maintenant de rendre à Michel ce qui revient à Michel, de ne pas l'oublier dans l'Alzheimer de notre mémoire collective.

Je t'embrasse, cher grand frère. J'avais, j'ai, j'aurai toujours un très grand ami : toi Michel.

Jean Pierre Lefebvre

À propos de l'ARRQ

L'ARRQ regroupe plus de 650 réalisateurs et réalisatrices œuvrant principalement en langue française au Québec et s'emploie à la défense des intérêts et des droits professionnels, économiques, culturels, sociaux et moraux de ses membres. Elle a pour mandat de représenter les réalisateurs en toute occasion et dans tout dossier. Pour en savoir plus sur l'ARRQ, consultez le arrq.qc.ca

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Contact :

Romy Belzile-Maguire, conseillère aux communications
514.842.7373 #223 – communications@arrq.qc.ca
Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ)
5154, rue St-Hubert, Montréal (métro Laurier)


 


5154 RUE SAINT-HUBERT, MONTRÉAL, QUÉBEC, CANADA T. 514-842-7373   REALISER@ARRQ.QC.CA